Chômage : Hollande en rêve, l’Espagne l’a fait

Franceinfo - 04.06.2016

Le taux de chômage qui pendant la crise frisait les 26 % reste encore très élevé, c’est le deuxième derrière la Grèce, mais sur un an, il est en recul de près de 8 points à 20,5 %.

On ne peut pas parler de miracle espagnol mais c’est le fruit d’une croissance qui repart, tirée par la consommation intérieure, le tourisme, la construction et les services, boostée aussi par la baisse de l’énergie.

Les contrats à durée indéterminée, les CDI, sont même en hausse de 17 % mais les CDD et les contrats précaires restent encore les plus nombreux. Bref, une courbe qui s’inverse depuis des mois, c’est un scénario qui, appliqué à la France, pourrait faire rêver François Hollande. Sauf que, l’Espagne, elle, a déjà assoupli son marché du travail comme d’ailleurs une dizaine d’autres pays en Europe.

Le tournant de 2012

Dès 2012, elle a modifié les règles de son marché du travail par la Reforma Laboral, avec une mesure qui nous parle en ce moment à nous français : la prééminence des conventions collectives négociées dans les entreprises, au détriment des accords de branches ou négociés au niveau des provinces.

Par ailleurs, la loi assouplit les conditions de licenciement économique. Elle a supprimé l'autorisation administrative pour les licenciements collectifs. Autant de mesures dont certaines nous rappellent quelque chose : tout simplement le contenu de la loi El Khomry.

Le taux de chômage espagnol est passé de 26,3 % à 20,5 % en 4 ans et les mesures ont créé plus d’un demi-million d’emplois. Une réforme qu’on peut rapprocher du Job Act italien qui a créé aussi plus de 400 000 emplois. La Grande-Bretagne, elle aussi, a assoupli son marché en 2012, en facilitant licenciements et en accordant des baisses de charges. Résultat, un taux de chômage passé de 7 à 5 %. Dans une dizaine de pays d’Europe, entre 2008 et 2013, près de 400 mesures ont été prises pour réformer le marché de l’emploi.

Le revers de la médaille

Mais ces mesures ont un revers. En Espagne par exemple, l’économie dépend beaucoup de ses partenaires européens, l’embellie peut se retourner d’un coup.

En Italie, on ne s’est pas attaqué au coût du travail, là-bas un salaire chargé représente plus de 2 fois et demi le salaire versé à l’employé.

En Allemagne, les lois Harz ont généré des bataillons de travailleurs pauvres, tout comme en Angleterre avec le Welfare Reform Act qui plafonne les allocations sociales et où l’on voit, comme en Allemagne, des contrats où le salarié ne travaille qu’en fonction des besoins de son employeur.

D’une manière générale en Europe, les pays du Nord ont précédé les pays du Sud. Et ces réformes du marché du travail ont bel et bien permis de faire baisser le chômage. D’une manière générale, dans les 28 pays européens, comme dans la zone euro, il diminue depuis 2013 sauf en France, où la courbe commence tout juste à frémir. Ces réformes n’ont en revanche pas résolu la question du chômage des jeunes qui se situe toujours au-dessus des 20 % en moyenne dans toute l’Europe.

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